Rappelons que l'abbé a siégé aux deux assemblées nationales constituantes de 1945 et 1946 puis à l'assemblée nationale de 1946 à 1951 comme indépendant apparenté au groupe MRP créé par des résistants démocrates-chrétiens. S'il y a un parti qui peut légitimement saluer sa mémoire, c'est l'UDF, dont le MRP est l'un des lointains ancêtres, bien qu'il le quitte en 1950, en désaccord avec la politique sociale du MRP. C'est à lui parmi d'autres, à son expérience des horreurs de la guerre, que nous devons le retour du respect des droits humains fondamentaux dans la nouvelle République fondée en 1945. Même s'il n'est plus élu à partir de 1951, l'Abbé continue d'occuper l'espace politique et médiatique. Au sens noble du terme, il aura continué à faire de la politique tout le reste de sa vie.
Le capucin nous rapelle que l'abbé fut aussi un contemplatif. Nous pouvons pleurer sur nous, qui ne le verrons plus dans ce monde, mais certainement pas sur lui, qui attendait visiblement le moment de son décès comme le commencement d'une nouvelle vie. Il est décédé, "decessit", il est parti, il a rendu son tablier, il est libre pour autre chose. Je note également qu'il a demandé une messe de funérailles en latin, souvenir de ses années de capucins, de l'abbaye de Saint-Wandrille où il vécut à la fin de sa vie? A Saint-Wandrille comme dans toutes les abbayes de la congrégation de Solesmes les offices sont dits en latin et en grégorien, selon l'ordo de Paul VI. Je ne dispose pas du détail de son testament, je ne sais pas s'il y demande une liturgie en latin (et laquelle) ou simplement le canon et des hymnes en latin, nous le saurons vendredi. Quoi qu'il en soit, il a cent fois raison d'apprécier les beautés de la liturgie en latin, et au moins, nul ne le soupçonnera de révisionnisme ou de crypto-fascisme. Ses états de service parlent en sa faveur, même après l'affaire Garaudy. Si cela pouvait contribuer à détendre les relations avec les catholiques traditionalistes, ce serait un effet colatéral inattendu mais bienvenu.
Sa vie aura été une belle tentative de mettre en accord sa foi et son idéal avec ses actes, sans compromissions, et cette tentative l'a conduit, parmi d'autres engagmements, à l'engagement politique, engagement qui était accepté par l'Eglise de l'époque, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui (l'Eglise demande à ses prêtres de ne pas faire de politique, sauf cas exceptionnel). La grandeur du serviteur des pauvres ne doit pas nous faire oublier l'homme d'Eglise et l'homme politique.
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Si à Bruxelles la carte des derniers élargissement présente la Serbie comme un candidat naturel, avec la Bosnie, et un Kosovo mystérieux dont on ne montre que le nom, sans drapeau comme les autres pays, il reste beaucoup de questions sur l'avenir de la Serbie.
Que deviendra le Kosovo? Les institutions européennes penchent visiblement pour un Kosovo indépendant, mais cette solution est-elle acceptable pour la Serbie dont une partie de la population ne se sent visiblement pas très europhile? Un Kosovo indépendant est-il souhaitable, peut-on trouver des dirigeants kosovars capables d'oeuvrer pour la paix et la prospérité de leurs pays et de garantir la sécurité de tous les habitants, quelle que soit leur origine et leur religion? Je ne doute pas que l'on puisse trouver des Kosovars de bonne volonté, mais sont-ils en mesure de s'imposer là où l'ONU peine à maintenir l'ordre et protéger les Serbes de Pristina? On a peu parlé des nettoyages ethniques contre les Serbes, en réprésailles des nettoyages de Milosevic, ou des destructions d'églises orthodoxes qui font pourtant la une des journaux serbes, ou des activités mafieuses qui trouvent un terrain trop favorable dans ce pays meurtri. Il faut pourtant sortir de ce conflit, le Kosovo ne peut éternellement rester sous tutelle internationale.
Que veut la Serbie? Le développement a ses laissés pour compte, jeunes sans emploi, retraités aux pensions ridicules, développement d'inégalités criantes et de l'économie grise, luxe inexplicable des uns et misère irrémédiable des autres. Ce sont les troupes idéales des mouvements nationalistes qui alimentent la nostalgie de la grande Serbie. La Russie ne doit pas manquer d'entretenir habilement le mouvement qui affaiblit l'Europe, représente une victoire idéologique pour elle, elle retrouverait sans doute avec plaisir un bon partenaire de sa gouvernance corrompue et dictatoriale comme pouvait l'être Milosevic. D'ailleurs entre Milosevic et Poutine, il y a une certaine continuité des méthodes de gouvernement: pillage de l'économie, corruption, guerre et nationalisme pour se maintenir au pouvoir, création de peuples parias sur lesquels se déverse la vindicte populaire. Le plus bizarre pour nous est qu'une partie de la population approuve et même aime ce genre de gouvernement. La propagande est habile et sait quelles fibres toucher.
La Serbie a été bombardée et humiliée, alors qu'elle se considérait comme la république la plus avancée de la fédération yougoslave, le modèle, celle qui aurait dû rentrer la première en Europe. Et maintenant? La Bosnie parait presque en meilleure voie sur le chemin de l'intégration européenne ! Il est essentiel de redonner confiance aux Serbes et de ne pas les laisser succomber aux nostalgies nationalistes. Un simple coup d'oeil à la carte laisse présager au devant de quels problème nous irions si la Serbie refusait de jouer le jeu de l'apaisement et de la normalisation.
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Vues depuis l'école, ses annonces sont étranges et en décalage avec la réalité, mais elles font mouche chez les parents. La méthode globale? Elle n'existait plus depuis vingt ans, et c'est méconnaitre complètement l'apprentissage de la lecture que d'imaginer des approches uniques. Le calcul mental? Il est évidemment déjà pratiqué, à quoi sert l'annonce si ce n'est à créer un soupçon? Le grand décret sur la formation des enseignants? Pour une grande part il reprend l'existant, mais là encore laisse entendre que ces dispositions de soi-disant "bon sens" n'auraient pas existé: stages dans les classes, formateurs qui sont aussi enseignants, appréciation du travail de terrain, etc.
S'il n'y avait que ces soupçons désagréables, on pourrait encore rire de voir le ministre perpétuellement découvrir la roue et faire croire qu'il est le premier à l'inventer, malheureusement il ne se contente pas ces annonces, il prend des dispositions inapplicables qui sont en train de ruiner la formation des enseignants.
L'idée générale qu'il suffirait qu'un futur prof des écoles soit projeté dans les classes pour y apprendre mieux que partout ailleurs son métier est une catastrophe: bien sûr le futur prof a besoin de s'exercer en prenant la responsabilité d'une classe, mais pas dans n'importe quelles conditions et sans formation préalable. En dehors de toute idéologie, il est manifeste dans les IUFM que les stagiaires de cette année sont bien plus nombreux à se trouver en difficulté dans leurs stages que les années passées, alors que le recrutement est similaire. Efficacité très douteuse de la mesure donc.
Contradiction aussi avec les efforts annoncés en cours préparatoire: qui peut croire que confier les apprentis lecteurs à un futur enseignant totalement ignorant de l'apprentissage de la lecture (au début de l'année) pendant 20 à 25% du temps scolaire va améliorer la qualité du cours préparatoire? Cela améliore surtout le budget de l'éducation nationale en faisant gagner quelques postes, mais quel sera le véritable prix de ces économies? Combien risquent de coûter les enfants qui auront mal appris à lire à cause de ces économies à courte vue?
L'échec manifeste de cette première série de mesures en primaire ne satisfait pas encore le ministre, il vient d'avoir une nouvelle idée géniale: le tuteur. Le futur prof sera suivi par un tuteur (comme c'est déjà le cas dans le secondaire). Seul problème: le texte officiel ne dit pas qui est ce tuteur, comment il est formé, rémunéré, et quel est son rôle. On devine seulement que ce n'est pas un prof de l'IUFM, ni même un "maître formateur" (enseignant reconnu pour la qualité de sa pratique et qui partage son service entre l'enseignement et la formation de ses futurs collègues), puisque le terrain est en soi un brevet d'excellence! Ce risque d'être nettement plus économique, mais aussi moins efficace: on reproduira les travers des enseignants actuels et l'évaluation finale dépendra surtout de la capatibilité d'humeur entre le tuteur et son stagiaire.
Ajoutons à cela les suppressions de poste, incompréhensibles dans des académies comme Créteil et Versailles ou les classes sont difficiles, nombreuses, et la natalité forte. Vraiment, le ministre a tout fait pour mettre les enseignants dans la rue.
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