Les RG en campagne: Sarkozy s'inspire-t-il des méthodes soviétiques?
Par Anne-Sophie Godfroy.
jeudi 25 janvier 2007, 04:09.
Politique
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Le Canard Enchaîné a publié que les
RG auraient reçu l'ordre du cabinet du ministre de l'intérieur
d'enquêter sur Bruno Rebelle, membre de l'équipe Royal. Le ministre de
l'intérieur commanderait des fiches à ses services de manière à
accrocher quelques casseroles à l'adversaire socialiste.
La possibilité d'un tel détournement des services de l'Etat à
des fins de campagne personnelle suscite légitimement l'indignation de
la population et de la classe politique et devrait entraîner la
démission du ministre de l'intérieur. Il serait prudent de le prier de
choisir entre sa campagne et son portefeuille, dans une démocratie
digne de ce nom. François Bayrou a tiré la sonnette d'alarme ce soir à
Orleans.

Le
mélange des genre était risqué et prévisible: Sarkozy organise lui-même
des élections où il est candidat. Après cet incident, que les
allégations du Canard soient vraies ou fausses, il devient évident qu'il est urgent de mettre un terme à cette confusion.
Le ralliement plus ou moins spontanné de députés UDF des Hauts de Seine
à l'UMP est un autre indice d'une concentration malsaine d'argent et de
pouvoirs sur un même candidat: maire de Neuilly, président du Conseil
Général du département le plus riche de France, département connu pour
les affaires de corruption qui ont marqué le mandat de son ancien
président Pasqua, ministre de l'intérieur et président du parti qui a
une majorité écrasante au Sénat et à la Chambre. Il ne lui manque que
la présidence de la République pour devenir aussi autocratique que
Poutine ! Dans n'importe quelle démocratie, M. Sarkozy serait prié de
démissionner de ses principaux emplois pour être candidat, mais pas en
France.
Le plus incroyable est la relative apathie du pays, malgré quelques
dénonciations courageuses de la gauche et de l'UDF. Le pays y voit le
dernier épisode d'une guéguerre entre Ségo et Sarko et compte les
points sans vraiment prendre la mesure du déni de démocratie qu'une
telle possibilité représente. Le PS se plaint surtout de l'atteinte à
la vie privée et de la tactique d'un adversaire qui ne respecte aucune
règle, mais il laisse entendre que puisque le jeu change, lui aussi va
sortir son artillerie lourde. Les journaux nous rapportent comment les
QG multiplient les réunions stratégiques. Curieusement, ce n'est pas la
défense de la démocratie qui ressort le plus souvent des déclarations
de la gauche. Il faut avouer qu'elle a dû elle aussi recourir en
d'autres temps à ce genre de procédés inavouables.
La réaction de l'UMP est scandaleuse: d'un côté on dément, ce qui est
de bonne guerre, je ne vois pas d'ailleurs comment reconnaître les
faits sans devoir démisionner et même retirer sa candidature, mais de
l'autre, au lieu de s'indigner avec le PS de l'atteinte à la
démocratie, de présenter des excuses ou de diligenter une commission
d'enquête indépendante, on insulte l'adversaire: "Ségolène perd ses
nerfs", "trouver quel est son programme relève de l'exploration",
"qu'Hollande laisse sa femme faire campagne toute seule", bref tout est
bon pour décrédibiliser Ségolène, et utiliser de la manière la plus
machiste qui soit le fait qu'elle est une femme pour la déstabiliser à
l'intérieur de son parti et créer un soupçon permanent d'incompétence.
Or, on peut tout penser de Ségolène, on peut la détester, mais
certainement pas croire qu'elle serait une oie blanche inexpérimentée.
C'est une femme politique tenace qui a monté très habilement sa
candidature et qui est entourée de gens non moins habiles et tenaces.
Curieusement, personne n'a demandé d'excuses publiques à l'UMP pour une
telle réponse après les accusations du Canard, invectives indignes du pays des droits de l'homme dans lesquels se drape Chirac.
Là encore, je ne vois qu'un seul pays à avoir d'aussi bizarres moeurs politiques: Décrédibiliser
l'adversaire, le ridiculiser en le faisant passer pour incompétent,
détourner les "services" et les "ministères de force" au service de sa
campagne, rallier les adversaires en les intimidant ou en les achetant,
entourer son QG d'un appareil policier (voir cet article
sur les plaintes des riverains), organiser soi-même ses propres
élections, en dire le moins possible sur son programme, à part des
généralités démagogiques, éviter tout vrai débat sur son bilan, faire
pression sur les médias et apparaître bien plus souvent que les
adversaires grâce aux fonctions que l'on occupe, se faire photographier
en solitaire et s'exprimer dans de longs discours monologues ou des
dialogues préparés d'avance, placer ses amis à tous les postes clés, cela
ne vous rappelle rien? Si bien sûr: les decriptions par Anna
Politkovskaia de la Fédération de Russie qui retourne aux pires heures
du soviétisme avec son président Poutine. (Voir Douloureuse Russie, le journal d'une femme en colère
qui relate la campagne de 2003-2004). Reste à espérer que le niveau de
corruption soit moins élevé qu'en Russie...
Commentaires
Ton blog est vraiment bien redige. J'espere que tu vas continuer a nous faire d'aussi bon articles.
Merci pour le partage, cela va faire plaisir a bon nombre de lecteurs.
very good
great