Le Pen, martyr de la République?
Par Anne-Sophie Godfroy.
Lundi 5 mars 2007, 13:56.
Présidentielles 2007
Front National
Le Pen
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Se présentera-t-il finalement? Faut-il
remettre en cause la règle des parrainages? Quelles seraient les
conséquences de son absence à la Présidentielle? La question préoccupe
beaucoup les médias cette semaine, et sans doute les états majors UMP
et PS qui se demandent si un coup de pouce discret serait ou non à leur
avantage. Elle me semble mal posée, l'affaire des parrainages est
l'arbre qui cache la forêt. Le scandale n'est pas de demander des
signatures d'élus mais d'avoir organisé la vie politique de telle sorte
que Le Pen, malgré un électorat réel, n'a pratiquement pas d'élus.
L'UMP peut bien jurer la main su le coeur qu'il faut lui permettre de
se présenter si on veut éviter un cataclysme (lequel d'ailleurs?), à
quoi sert de lui permettre de se présenter si tout est organisé ensuite
pour l'empêcher d'avoir des députés ?
Je reviens aux questions de mon introduction:
- Se présentera-t-il finalement, rencontre-t-il de vraies difficultés ou n'est-ce qu'un gigantesque bluff?
Difficile à dire. Ce qui est certain, c'est que le sort de la
candidature Le Pen (et celle des autres candidats sans élus) est entre
les mains du PS et de l'UMP. On imagine facilement les élus UMP donnant
leurs signatures aux Verts, à Arlette, à Besancenot, alors que les élus
PS signent pour Lepage, Dupont-Aignan, Philippe de Villiers. Je suis
d'ailleurs surprise que les Verts rencontrent tant de difficultés
apparentes alors qu'ils ont un nombre d'élus relativement important.
Visiblement, les socialistes veillent et exercent des pressions
importantes à la subvention et à l'investiture, sans doute à travers
les régions dont ils contrôlent 21 sur 22. De là à encourager les Verts
à aller voir du côté de l'UDF... La stratégie trouvera peut-être ses
limites. Elle épuise aussi les réserves de voix pour le second tour.
- Faut-il changer la règle? Non, il est normal
qu'une candidature à la présidentielle soit portée par un minimum
d'élus. Que ferait un président sans parti? Où recruterait-il son
premier ministre et son gouvernement? Certes, il peut inviter des
personnes d'autres partis ou de la société civile, mais il lui faut un
minimum d'expérience et de personnes capables et expérimentées qui
représentent son parti. Le cas d'un député est très différent, on peut
imaginer un individu isolé, connu dans sa circonscrption, mais un
président est inimaginable sans une équipe et une expérience politique.
Sans hésiter, la règle est bonne, on peut seulement lui reprocher de
donner un poids exagéré aux petites communes.
Ce qui est aberrant n'est pas cette règle mais le fait que des
personnalités politiques qui représentent un nombre significatif
d'électeurs, qui ont fondé un vrai parti, n'ont pas d'élus (ou trop
peu) à cause d'un mode de scrutin qui favorise les alliances au profit
de l'UMP ou du PS. Certes il faut dégager des majorités, mais le prix
payé, le déni de démocratie, est trop élevé. La proposition de réforme des modes de scrutin de l'UDF
permettrait de sortir enfin de cette comédie des signatures, d'assurer
une représentation normale au FN, et de mettre fin aux chantages à
l'alliance que le PS et l'UMP exercent sur leurs "alliés".
Des députés du FN, quelle horreur ! diront les belles âmes. Je
réponds qu'il est préférable des les combattre à visage découvert à
l'Assemblée au lieu de les voir jouer les martyrs ou les épouvantails à
chaque élection. Cela les obligerait d'ailleurs à un minimum de travail
et d'approfondissement des dossiers, alors qu'ils peuvent se laisser
aller à tous les discours démagogiques et trompeurs aujourd'hui. Je
réponds aussi qu'un pays n'est pas une démocratie si un parti qui
arrive au deuxième tour n'a pas de représentant dans les chambres.
La
proposition d'un scrutin où la moitiés des députés seraient élus comme
d'habitude au scrutin uninominal à deux tours, et la moitié à la
proportionnelle sur des listes, avec des représentatants au delà de
5% me parait nettement plus équilibrée. Elle assure une majorité, elle
assure une personnalisation de la fonction, et elle assure aussi une
représentation équitable. Cela marche en Allemagne, pourquoi pas en
France? Ce n'est pas le retour à la 4e République que l'on nous agite
comme un épouvantail, c'est la fin du jeu d'alliances de la 5e.
D'ailleurs les difficultés de la 4e ne venaient pas seulement du mode
de scrutin, mais surtout de la crise ouverte par la guerre d'Algérie.
Que se passe-t-il si Le Pen ne peut pas se présenter?
Peut-être pas grand chose. Ses voix se reportent-elles ou
disparaissent-elles dans l'abstention? Difficile à dire. Son score
potentiel est difficile à estimer, car sa campagne n'a pas vraiment
commencé. On peut supposer que son mauvais état de santé, son physique
de vieillard, le peu de bénéfices tirés par le FN de sa présence au
second tour (pas de députés ou de postes) ont fini par lasser les
électeurs qui ont compris qu'il n'était pas une alternative crédible ou
même un moyen de faire bouger les choses (même effet de déception avec
le non au référedum). Mais d'un autre côté, qui sait? Il pourrait faire
une campagne éclair dans la dernière ligne droite. A priori, Sarkozy
serait gagnant car les voix se reporteraient plutôt sur lui, je ne
crois pas tellement au contre-coup des législatives, les candidats FN
pourront s'y présenter et l'UMP sait très bien ce qui se passe dans ces
cas là. Au pire une triangulaire, mais si Sarkozy a gagné, la
triangulaire penchera plutôt à droite à priori.
Curieusement l'intérêt objectif des électeurs de Le Pen, mais
aussi des électeurs des "petits candidats" et de tous les partis autres
que l'UMP et le PS, serait de voter Bayrou. Voter pour leur
candidat conduit à une impasse et au renforcement d'un système dans
lequel ils ne sont pas représentés: Le bénéficiaire du 21 avril est
l'UMP, et dans une moindre mesure le PS qui en profite depuis pour
étrangler ses alliés à gauche. Voter UMP ou PS a le même effet et tend
à les gommer du paysage, à effacer leurs protestation. Voter Bayrou
leur apporte la garantie d'avoir, en cas de score significatif, des
élus à l'Assemblée, et donc de pouvoir faire entendre leurs arguments.
Certes, ils n'adhèrent pas au reste du programme, ils ne peuvent pas
espérer être associés, mais c'est mieux que le rien auquel les condamne
le système actuel. De même les Verts auraient tout intérêt à tourner
casaque avant d'être totalement phagocytés par leur protecteur le PS,
ils y ont d'autant plus intérêt qu'eux peuvent espérer en plus une
participation, comme l'a bien senti Cohn-Bendit.
Electeurs réfléchissez, où est le vrai vote utile?
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