Sarkozy: zéro pointé en économie
Par Anne-Sophie Godfroy.
dimanche 18 mars 2007, 03:44.
Présidentielles 2007
Economie
Sarkozy
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Pour le Financial Times, le
prestigieux quotidien des affaires, le programme économique du candidat
de l’UMP est non seulement dépassé mais incohérent, lit-on dans le Courrier International de cette semaine.
Le FT lui reproche de proposer une sorte de reaganisme à la française,
dans un contexte qui rend cette option irréaliste. En effet, Sarkozy
sera incapable de financer son programme qui représente 1,6% du PIB
alors que le pacte de solidarité et de croissance de l'Union Européenne
oblige à réduire le déficit structurel de 0,5% par an. Il est vraiment curieux que l'étude publiée par REX-COHE ne se soit pas aperçue de ce problème. Comme l'écrit le FT: soit il ment, soit il s'apprête à assener un sacré coup à l'économie. Il
est regrettable que le FT ne s'intéresse pas dans cet article au
programme du candidat Bayrou, nettement plus crédible si l'on en croit les explications fournies par Charles de Courson après les attaques injustifiées de Thierry Breton.
Enfin le FT qualifie de malhonnête sa proposition de
changer la mission de la Banque Centrale Européenne. Il souligne que
cette mesure aurait pour effet de réduire la capacité de la BCE à mener
une politique monétaire qui soutient la croissance, et que ce n'est de
toutes façons pas au pouvoir de Sarkozy.
En effet, une telle proposition d'une part trahit les traités que nous
avons nous même soutenus et choisis, ce qui est malhonnête envers nos
partenaires, on ne peut pas en même temps se dire en faveur de la
construction européenne, d'autre part, elle montre à quelle point les
électeurs de Sarkozy s'illusionnent sur notre indépendance économique à
l'intérieur de l'Europe.
Lire l'article du FT traduit dans Courrier International dans la suite de cette note.
Que
doit-on penser du programme économique de Nicolas Sarkozy ? Un
programme économique a deux objectifs parallèles : il doit faire gagner
les élections et être transformé en projet politique en cas de
victoire. Je ne sais pas si celui de Sarkozy est de la bonne propagande
électorale. Mais que peut-on dire de son impact économique ? Je
diviserai ses propositions en quatre points. Le premier concerne le
travail. Le candidat de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) veut
d’une part mettre en place des incitations financières pour pousser les
gens à travailler davantage.
Le deuxième point est le gouvernement d’entreprise. Sarkozy s’est
prononcé contre les salaires élevés des cadres dirigeants lorsqu’ils ne
sont pas associés à une prise de risques équivalente. Il se dit réservé
sur les “parachutes dorés” et souhaite introduire des stock-options
pour tous. Le troisième point a trait aux impôts et aux dépenses. Sa
mesure phare serait d’exonérer 95 % de la population des droits de
succession. Il veut faire passer le bouclier fiscal de 60 % à 50 % des
revenus et permettre aux contribuables de déduire de leur impôt les
intérêts des emprunts contractés pour l’acquisition de leur logement.
Le quatrième point concerne la politique monétaire. Selon Sarkozy, la
Banque centrale européenne (BCE) devra utiliser activement les taux
d’intérêt pour stimuler la croissance.
Les deux premiers points sont sensés. Ce sont des réformes
microéconomiques équilibrées qui encourageraient les gens plutôt
qu’elles ne les pénaliseraient. Le troisième point inclut de nombreuses
mesures judicieuses si on les prend isolément, mais Sarkozy ne dit pas
comment il compte financer l’ensemble de son programme économique. Je
suis surpris que les médias français ne l’épinglent pas sur ce sujet.
Pour réduire les dépenses, il propose de ne pas remplacer le départ à
la retraite d’un fonctionnaire sur deux. Une mesure qui, dit-il,
devrait permettre de récupérer 5 milliards d’euros. Ce ne sera pas
suffisant. J’ai calculé que la totalité des promesses électorales de
Sarkozy reviendraient à environ 29 milliards d’euros par an (avec
quelques ajustements pour prendre en compte les programmes
pluriannuels). Cela représente 1,6 % du PIB, à quelques décimales près.
Mais, surtout, le programme de Sarkozy est une sorte de reaganisme à
l’accent français. A la différence près que le candidat français agit
dans un contexte de politique économique différent de celui où
intervenait Ronald Reagan, ancien président des Etats-Unis. Les impôts
sont élevés en France pour la simple raison que le secteur public
français contribue au PIB à hauteur de 54 %. Un secteur public fort n’a
rien de mauvais en principe, si c’est ce que le pays veut. Mais ce
choix demande d’être honnête sur les taux d’imposition. Si Sarkozy veut
des taux d’imposition à l’américaine, il devra avoir un secteur public
à l’américaine.
De toute façon, le pacte de solidarité et de croissance de l’Union
européenne limite sévèrement la marge de manœuvre dont Sarkozy dispose
pour accroître le déficit. Il oblige au contraire la France à réduire
chaque année son déficit structurel de 0,5 %. Or Sarkozy n’a pas l’air
de se préparer à un affrontement sur ce sujet avec les autres pays de
la zone euro. Cela me porte à croire qu’il ne pourra pas concrétiser
ses mesures sur la fiscalité, ou, s’il tient à en faire aboutir
certaines, il devra créer de nouvelles taxes ou réduire les dépenses,
ou les deux. En d’autres termes, soit il ment, soit il s’apprête à
asséner un sacré coup à l’économie.
Sa quatrième proposition – changer la mission de la BCE – est
malhonnête. Si elles étaient appliquées, les mesures fiscales
reaganiennes de Sarkozy réduiraient en fait la marge de manœuvre de la
BCE pour instaurer une politique monétaire soutenant la croissance. Par
ailleurs, Sarkozy ne sera pas en position d’imposer une modification de
la mission officielle de la BCE. Pour cela, il faudrait carrément qu’un
nouveau traité, indépendant de la Constitution européenne, soit
approuvé à l’unanimité par les 27 Etats membres. La façon que Sarkozy a
de dénigrer la BCE à mots couverts reflète, d’un côté, un sentiment
justifié que le gouvernement économique de la zone euro est loin d’être
optimal ; mais, pis encore, il montre que les élites politiques du pays
manquent de lucidité sur l’autonomie économique. Si j’aime ce que
Sarkozy a à dire sur le travail et le gouvernement d’entreprise, le
programme économique qu’il présente n’est pas bon. Celui de Ségolène
Royal, me direz-vous, est encore plus inquiétant. En clair, le bras de
fer entre les deux candidats sera peut-être un grand spectacle
politique. Mais, du point de vue économique, il est déjà extrêmement
déprimant.
Wolfgang Munchau
Financial Times
Commentaires
great
great
very good.